La rencontre d’Eléonore de Montesquiou et de Barbara Breitenfellner en appelle à une Schöne Logik . Toutes deux proposent par l’installation d’objets et d’images – fixes ou en mouvement – des narrations « en pointillé » suggérant autant la curiosité que la perplexité de ceux qui en prennent connaissance, ne trouvant à les suivre aucune issue clairement assurée.
Le monde de Barbara Breitenfellner semble configuré selon une géométrie non-euclidienne qui en appelle autant à Lewis Carroll que, par certains caractères, à l’univers surréaliste. Barbara Breitenfellner associe des éléments qui n’ont a priori aucune raison d’être rapprochés : elle procède par « tableaux » composés d’alignements disparates d’objets-trouvés, de photographies documentaires ou non suscitant, par leur présentation épinglée au mur ou plaquée sous verre, l’analogie avec le monde souvent étrange des collections : vitrines à papillons ou cabinets de curiosité innombrables depuis la Renaissance jusqu’au XIXe siècle. Pour autant, rien dans cette disposition ne paraît hasardeux, mais au contraire semble tracer avec une détermination sans faille l’indication d’une volonté implacable.
L’Univers d’Eléonore de Montesquiou relève plus directement de la mémoire, intime autant que collective, celle en particulier de ces Atom Cities rayées de la carte de l’URSS dont elle témoigne d’un retour semble-t-il incertain dans un présent encore à peine discernable. Eléonore de Montesquiou interroge ainsi le thème de la frontière, celle extérieure des anciennes villes closes soviétiques dans Katrin, Kesk, Paldiski ou celle, intérieure qui enferme la femme en Iran dans Nur, Elaheh où l’on retrouve également ce caractère paradoxal d’une mise en scène dont la précision n’a d’égal que le soin apporté à se conformer aux exigences d’une intemporalité. Le documentaire y est toujours légèrement décalé, exposant un témoignage un peu différé, juste assez distancié pour construire sa propre voie parallèle de manière pour ainsi dire polyphonique, s’inscrivant dans un présent dilaté entre un passé entrevu et un futur inespéré. Bernard Zürcher
