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Alix Le Méléder, Traces, Peinture

  • 10.09.2016|

conférence de Pierre Wat
Historien d’art, co-rédacteur du livre Alix Le Méléder, traces, Peinture
paru en avril 2016 aux éditions Tituli, le samedi 10 septembre 2016 à 18 h 30

exposition des oeuvres d’Alix Le Méléder
Les samedi 10 et dimanche 11 septembre,
les vendredi 16, samedi 17 et dimanche 18 septembre
de 14 h à 18 h 30

À la Maison des Zervos
3 chemin des Bois de Chauffour
La Goulotte – 89450 Vézelay
fondation.zervos@wanadoo.fr
www.fondationzervos.com


[...] Un jour de 1990, l’atelier d’Alix Le Méléder est parti en fumée.
C’était un autre atelier, dans lequel elle faisait une autre peinture, dont il ne reste presque
plus rien. De cette perte, elle a fait une aubaine, un recommencement plutôt qu’une
fin, dans lequel la peinture à venir s’est nourrie de cette destruction. La table rase fut
l’occasion de se désencombrer. De renoncer à toute projection au profit d’un accueil,
d’abandonner toute visée d’imitation en faveur d’une forme de présentation. La peinture
se présente : elle est un recommencement, sous sa forme la plus élémentaire, un geste,
les trois couleurs primaires, et le temps à l’oeuvre, scandé par cette révolution. [...]
Pierre Wat

Révolutions, extrait du livre Alix Le Méléder, Traces, peinture, éditions Tituli, Paris 2016


Sur une toile uniformément blanche et de format carré, tantôt petite (80 x 80 cm) tantôt à taille humaine (190 x 190 cm), Alix Le Méléder marque de son pinceau une zone située près des angles, vers le bord, d’un geste mesuré par une tension semblable et la rotation d’un quart de tour, y déposant successivement la couleur. Les quatre taches colorées ainsi formées vibrent, en accord ou non. Est-ce dû à la giration qui les a imprimées initialement, on croit les voir glisser et décoller dans l’espace comme animées d’un mouvement et, pour ainsi dire, d’une vie propre.

Par ce processus de répétition du geste, Alix Le Méléder s’affranchit de toute expression et la peinture sort « abstraite » de ce mouvement. Là n’est pas la moindre des contradictions : le geste qui a initié la tache n’a aucune dimension narrative. Une fois le geste effectué, la trace de couleur déposée s’ajoute à la précédente pour se constituer, en un temps plus ou moins long en tache. Encore celle-ci est-elle de nature complexe et s’apparente-t- elle plus à ces « taches solaires », phénomènes photosphériques révélant à la surface du soleil des zones d’activité magnétique intense que les chinois observaient déjà il y a plus de mille ans.

Ces témoignages extrême-orientaux comparent souvent ces taches à divers objets de la vie courante, notamment des fruits. Leur forme sur une toile d’Alix Le Méléder vue de près semble le suggérer.

Cependant elles donnent également l’impression de quelque phénomène vu à distance et que cette distance n’est pas réellement mesurable sauf à considérer qu’elle peut être « astronomique ». Or les taches solaires identifiées en 1611 par Galilée, couplées par deux, peuvent en effet atteindre des centaines de milliers de kilomètres à la surface de la photosphère.

Elles sont constituées – comme les taches peintes d’Alix Le Méléder – d’une partie centrale plus dense et d’une partie périphérique plus claire et filamenteuse. De telles observations astronomiques nous préparent à glisser vers des considérations d’ordre théologique : les toiles d’Alix Le Méléder peuvent ainsi apparaître comme des « inventions » (au sens de « découvertes »). Dans le blanc indifférencié de la toile, Alix Le Méléder invente sans cesse de nouveaux systèmes solaires de révolution en révolution.

Ainsi que l’a bien remarqué Philippe Dagen : « D’une toile à l’autre, des différences
s’établissent, perceptibles pour peu que l’on se montre assez attentif – des différences
assez prononcées pour que chaque oeuvre se distingue sans équivoque et que l’on soit
tenté de la caractériser en termes de sensations et de sentiments. Autrement dit : les
gestes du peintre changent un objet nu et étranger en espace vivant. Ils l’humanisent et
l’organisent. Ils le rendent, si l’on peut dire, habitable. » (1)
Bernard Zürcher, 2016
(1). Philippe Dagen, Peindre pour ne pas disparaître, Galerie Zürcher, Paris (2006).

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