exhibitions

Supernatural

  • 05.06.2004 - 24.07.2004|

Rut Blees Luxembourg
Marc Desgrandchamps
Joan Fontcuberta
Mathilde Rosier
Aïda Ruilova

« That’s how you can tell a good painting, they all look like nothing » Francis Coplan, Agent FX-18"

Mathilde Rosier, Lullaby for a dead man : film extérieur nuit : « l’image peut couler, elle peut se troubler, révéler ou refléter. L’image comme l’eau fait miroir et comme tout miroir est prophétique, elle annonce ce qui va venir » remarque Mathilde Rosier, entraînant le spectateur dans une forme de transe hypnotique, affaiblissant ainsi sa volonté d’aller contre l’image pour « sympathiser » avec elle et le conduire à un mode de perception plus intuitif et plus intense. Rut Bleel Luxembourg : Ariadne, Swansea, à la surface, à l’horizon, photographies de l’attente « métaphysique » dans la fluidité de l’air et de l’eau, et la tension de cette rencontre, comme l’espérance d’un oracle. Cette attirance, cette fascination émane aussi des photographies théologiques que Joan Fontcuberta nomme Miracles qui relèvent d’un genre de performance où la fiction s’ajoute à l’ironie : autant de scènes où l’artiste en résidence à l’école monastique de Valhamönde (Finlande) - qui eut des élèves tels que Raspoutine ou L. Ron Hubbard - joue au passe-muraille, surfe sur le dos d’un dauphin, ou s’adonne à l’électrogénèse. Aïda Ruilova, It had no feelings : l’incantation aura-t-elle raison de l’anxiété qui monte ? Aïda Ruilova pousse les techniques de montage utilisées dans les films d’horreurs de série B - compression et répétition - à leur paroxysme. En quelques dizaines de secondes seulement, elle frôle l’interdit de l’image subliminale pour soumettre le spectateur à la violence d’une décharge. Aïda Ruilova et Mathilde Rosier ont en commun qu’elles réalisent aussi la bande son de leur film vidéo. Les peintures de Marc Desgrandchamps cherchent, à partir d’événements fortuits, un état intermédiaire de la conscience qui peut être représenté à condition de se constituer comme trace. Desgrandchamps et Fontcuberta font apparaître les figures, telles des ombres portées noires et transparentes. Pour souligner le caractère auto-référentiel de l’espace, Marc Desgrandchamps place l’horizon très haut, Aïda Ruilova découpe et cadre au plus près du corps, tandis que Mathilde Rosier et Rut Blees Luxembourg étendent devant le spectateur un voile coloré. L’attirance qu’ils éprouvent, les uns et les autres, pour ces états crépusculaires - que Marc Desgrandchamps nomme « délaissements » - répond à l’acuité avec laquelle ils perçoivent l’extrême limitation des lois physiques face au pouvoir surnaturel de l’image de se substituer à la conscience humaine.
Bernard Zürcher