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Katharina Ziemke

  • 10.01.2015 - 17.02.2015|

Hamlet quinze fois. L’encre de chine est la technique médiumnique par défaut. L’erreur y est à peine supportée et le hasard est au cœur du geste. Quinze fois le monologue d’Hamlet se répétant sans cesse. Katharina Ziemke offre à chaque itération une nouvelle chance au prince vêtu de noir de ne pas suffoquer dans la mélancolie. Dans la subtilité de l’interprétation et la délicatesse d’un lâcher-prise, les visages se dissolvent dans la douleur ou l’extase simple, des sourires cachent des cris. Eugène Delacroix peignit en 1835 Hamlet et Horatio au cimetière. Autour du crâne central circulent les états d’âme. Dans le polyptyque The Kingdom se déploient les mêmes essences, la vanité en suspens.

Katharina Ziemke travaille depuis quelques années exclusivement sur papier. Outre ses encres réalisées sur un papier de riz particulièrement retord, rendant l’exercice encore plus instable, elle consacre désormais la majeure partie de son temps à creuser à la pointe d’une lame la surface de cire noire de fins sillons horizontaux dévoilant un fond abstrait, aux couleurs vives savamment réparties en fonction de son sujet.

Entre les strates de cire surgissent les corps, les gestes suspendus, les visages réfléchis et posés. Entre la nuit et l’enfer coloré habitent ces corps familiers. Traverser la nuit pour trouver le feu. C’est sur ce chemin qu’apparaissent les images, c’est dans cet entre-monde que se terrent ces personnages détournés de leur simple origine de papier. Comme dans un théâtre d’ombre, Katharina Ziemke convoque un passé encore tiède, celui du film noir, d’une Amérique criminelle mais romanesque pour nous distraire de l’évidence même des œuvres. Elle peint des corps luminescents, défiant l’abysse, jusqu’à ce que le spectateur même soit en contre-jour (Manhattan Monkey). Elle peint une voiture vomissant Bonnie sur le trottoir, dont la portière affublée de ces yeux de balles nous enferme dans un espace qu’elle répète trois fois. Ce sont des corps en urgence, que la nuit ne peut contenir. C’est son sujet, le cœur de ces années d’œuvre. C’est de cette obsession de la couleur que naît une lumière nouvelle.

« Mourir… dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. »*

* William Shakespeare, La Tragique Histoire d’Hamlet, prince de Danemark.

Damien Cadio



Née à Kiel (Allemagne). Vit et travaille à Berlin.

EXPOSITIONS PERSONNELLES

2015 Sweet Ghosts of Doubt, Galerie Zürcher, Paris ; Katharina Ziemke & Damien Cadio, Andreas Grimm, Munich / 2012 It Takes A Million Years to become Dimonds So Let’s Just Burn Until The Sky’s Black avec Damien Cadio, Manzoni Schäper, Berlin ; Institute for the Blind, Manzoni Schäper, Berlin (catalogue) / 2011 Chains, Chains, Chains, Galerie Zürcher, Paris / 2010 Nerfs, installation vidéo (avec Damien Cadio), Heroes, Berlin / 2009 The Thicket, Zürcher Studio, New York (catalogue) ; Catch, Galerie Zürcher, Paris / 2008 Haut-Karabakh, Musée de l’Abbaye Sainte Croix, Les Sables d’Olonne (catalogue) / 2007 Solferino, Galerie Zürcher, Paris (catalogue) / 2006 Die Statistenloge, avec Damien Cadio, Kunstraum B., Kiel / 2002 Värmlandsvisa, installation sonore en collaboration avec C. Kühn (Musikhochschule Düsseldorf).

EXPOSITIONS DE GROUPE (SELECTION)

2015 L’Heure du Loup-Sommeil léger, Centre d’art La Box, Bourges 2014 Zurtopia, Zürcher Studio, New York ; Genem byen en sidste gang, Galleri Benoni, Copenhague ; SSIIEE 4, SSIIEE, Berlin / 2013 Friends and Family, Galerie Eva Hober, Paris ; The First Ending, Zürcher Studio, New York ; Blackout, curated by Gregory Cumins, Jordan/Seydoux, Berlin / 2012 Zeichenerklärung, (collection de Ruyter), Babette, Berlin ; Rosarot mit Spitze, Galerie Sima, Nürnberg ; Back in L.A., Zürcher Studio, New York / 2011 Erika Mustermann Collection, Pavillon vor der Volksbühne, Berlin ; State of the Union, Freies Museum, Berlin ; Après la ruine, Titanic, Vilnius Accadamy of Arts, Vilnius

Katharina Ziemke, a réalisé en 2013 des dessins muraux pour la pièce de théâtre Un ennemi du peuple de Henrik Ibsen, mise en scène par Thomas Ostermeier au Brooklyn Academy of Music, New York, une peinture en live pour La Mouette de Chekhov mise en scène par Thomas Ostermeier au Toneelgroep Amsterdam. Elle a réalisé en 2012 les dessins muraux pour Un ennemi du peuple de Henrik Ibsen, mis en scène par Thomas Ostermeier au Schaubühne Berlin.

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