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Quelquechose de soi

  • 15.11.2003 - 23.12.2003|

Ce qu’ils savent de lui ou d’elle, ce qu’ils savent d’eux ne s’arrête ni au contour d’un visage ou à la surface de la peau, ni à un geste, un regard, une attitude particulière. Condamnés à la représentation sans intention de la donner, ils les représentent avant tout comme ils les pensent. L’identification n’est plus de mise, mais l’individu effacé par une image qu’on ne peut plus faire sienne, à laquelle, comme l’énonce Michel Foucault, « on ne peut qu’opposer un rire philosophique – c’est à dire pour une certaine part silencieux (1) » .

Ainsi les figures ironiques dans les tableaux d’Akos Birkas au format 16/9 relèvent-elles d’un arrêt sur image où la seule présence des visages rend compte des relations sociales du groupe. Plus loin dans la ressemblance équivoque, "Eux" de Marylène Negro, sous la forme d’une vidéo en fondu enchaîné de 168 portraits de mannequins (à l’échelle 1), saisissent quelque chose de nous dans la boucle vertigineuse de leur disparition. Sarah Dobai photographie des modèles dont l’attitude, fixée par l’artiste, personnifie une certaine situation ou un moment choisi, souvent proche de l’abandon. Dans cette "autre dimension" se met en place un processus déterminé avec une extrême précision et dont nous n’avons pas immédiatement conscience. Dans ses photographies des marchés à réderies (ou vide-greniers), Gilles Saussier a mis en évidence la nature quasi fantasmatique du lien étroit qui existe entre les habitants et les objets qu’ils ont exhumés de la mémoire collective (2). Les portraits de femmes peints par Judit Ström ont les yeux fermés. Elle les considère comme des « écoutants ». De l’aveu même de l’artiste : « C’est une manière de fuir, de se retirer, de créer tout de suite un contraste avec ce qui nous entoure, avec le chaos qui nous environne. » Anne Durez a poussé l’expérience jusqu’à l’absence physique dans le temps réel d’un évanouissement filmé à partir d’un plan-séquence de 4’54’’ : ça y est, de la chute du corps aux différentes phases de retour de la conscience visible sur le visage qui reprend connaissance. Ce qui se livre (ou se délivre) ici ne peut s’apprécier que de manière discrète, aux marges de l’intime et de l’anonyme, dans ce qu’il convient d’appeler un « portrait » dont Isabelle Waternaux offre les composantes essentielles : Qu’il prenne le corps tout entier ( voir la récente vidéo avec le danseur Rachid Ouramdane) ou seulement sa partie supérieure, simplement immobile ( les doubles portraits photographiques de la série Ecarts ), le jeu infime du regard résiste à la tentation psychologique pour trouver, dans son éloignement même, l’autre en face. Bernard Zürcher

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