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Katharina Ziemke

  • 10.01.2009 - 07.03.2009|

Pour sa deuxième exposition personnelle à la Galerie Zürcher, Katharina Ziemke exprime avec une redoutable efficacité et une extrême simplicité de moyens certaines réalités de notre époque, jusque dans ses derniers développements. Elle évoquait ainsi ces relents de Guerre Froide auxquels nous introduisait sa récente exposition titrée « Haut-Karabakh » (1), lointaine contrée du Caucase. Pourtant, dans un monde attaché à la poursuite des « évènements », ce ne sont pas eux qui l’attirent mais les circonstances dans lesquelles ils se produisent. Des visages se dressent, immobiles, comme autant de témoins refroidis, momifiés, réduits au silence. L’univers de Katharina Ziemke est criblé d’impacts et jonché de cadavres. Des soldats morts au combat et des enterrements, des carcasses d’animaux pourrissent en plein désert ou flottent dans l’eau d’un canal. Katharina Ziemke peint des tableaux cadrés comme autant de plans fixes d’un film muet. (2) Mais la dimension tragique ou macabre de certaines scènes est interprétée de manière déroutante : les bâtiments sinistrés et les corps en décomposition ont parfois les couleurs des garnitures de pâtisserie. Les soldats sont de plomb ou de cire et les visages de poupées ou de figurines rappellent ces statuettes kitsch en porcelaine de Saxe que Katharina Ziemke affectionne particulièrement. Ce traitement pictural qui consiste à donner à toute chose une apparence « émaillée » relève ici d’une intention précise ainsi que l’a remarqué Erik Verhagen : « ces glaçures investissent paradoxalement les objets d’une plus-value vitale inversement proportionnelle à la pétrification de la chair humaine. »(3)

Katharina Ziemke procède à un double déplacement de la réalité. Celle-ci est d’abord rapportée par une image documentaire (presse, photographies, Internet, etc.) prélevée par l’artiste. L’image ainsi fragmentée est ensuite placée dans un monde sans modèle sinon qu’il évoque, par certains aspects, l’atmosphère étrange et un peu cruelle des contes de Grimm. Car c’est moins l’homme que l’attitude humaine, moins les histoires que leur contexte qui intéressent Katharina Ziemke, mais bien les indices, éventuellement dérisoires, d’une civilisation et ses glissements progressifs de leur époque jusqu’à la nôtre. Bernard Zürcher

1. Musée des Sables d’Olonne, juillet-septembre 2008
2. Voir en particulier les derniers films de Steve McQueen, par exemple Running Thunder (2007), où l’on voit des mouches se poser sur le cadavre d’un cheval.
3. Erik Verhagen, « Le Silence de la peinture », catalogue Haut-Karabakh

Repères

Née en 1979 à Kiel. Elle vit à Berlin.

Expositions personnelles :
- 2008
Haut-Karabakh, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne

- 2007
Solferino, Galerie Zürcher, Paris
Printemps de Septembre, Toulouse

Expositions de groupe :
- 2007
New Company, Nosbaum & Reding, Luxembourg

- 2006
Étranges fictions, Schloß Agathenburg, D
Voir en peinture two, La Générale, Paris (groupe)
Die Statistenloge / la loge des figurants, Kunstraum B, Kiel

- 2003
Société Psychanalytique, Paris

- 2002
Enregistrement d’une pièce sonore au Conservatoire National Supérieur en collaboration avec Clemens Kühn, Conservatoire de Düsseldorf

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